Mzab et Sahara septentrional

Cinq cités ibadites du XIe siècle dans la vallée du Mzab, oasis du Gourara irriguées par foggaras et dunes du Grand Erg Occidental, à 1h30 de vol d'Alger.

La vallée du Mzab s'étire sur quinze kilomètres dans une cuvette rocheuse du nord du Sahara, à 600 km au sud d'Alger. Cinq cités fortifiées y ont été bâties entre le XIe et le XIVe siècle par les Ibadites, une branche minoritaire de l'islam refoulée vers le désert : Ghardaïa, Beni Isguen, Melika, Bounoura et El Atteuf. Leur urbanisme concentrique, organisé autour de la mosquée surmontée d'un minaret pyramidal, a inspiré Le Corbusier et Fernand Pouillon. L'ensemble est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Ghardaïa concentre l'activité commerciale, avec son marché en arcades où se négocient encore les tapis tissés par les femmes mozabites selon des motifs géométriques transmis de mère en fille. Beni Isguen reste la cité sainte : l'accès en est réservé aux visiteurs accompagnés, l'alcool y est proscrit, et le marché aux enchères du milieu d'après-midi se tient encore selon les règles édictées il y a sept siècles. Dans les ruelles, les femmes portent le haïk blanc qui ne laisse paraître qu'un œil. Cette discipline religieuse et sociale a permis à la communauté mozabite de préserver son identité au cœur d'un environnement saharien hostile.

L'eau structure toute la région. Le système hydraulique du Mzab, élaboré au XIVe siècle, capte les crues rares de l'oued Mzab par un barrage de partage qui répartit l'eau entre les jardins de la palmeraie selon des règles encore appliquées aujourd'hui. Les 200 000 palmiers dattiers de la palmeraie de Ghardaïa produisent notamment la deglet nour, la datte la plus exportée d'Algérie. Au cœur des jardins, les ksour d'été où les familles se replient pendant les mois de chaleur témoignent d'une organisation saisonnière de l'habitat.

À 400 km à l'ouest de Ghardaïa, Timimoun ouvre sur un autre Sahara. La ville rouge, ainsi nommée pour ses constructions en terre crue ocre, domine une sebkha, lac salé asséché, qui vire au rose en fin de journée. C'est la porte d'entrée du Gourara, région de 99 oasis irriguées par les foggaras, galeries souterraines d'origine perse qui drainent la nappe phréatique sur des dizaines de kilomètres. Les villages ksouriens d'Ouled Saïd, Massine ou Tinerkouk gardent leurs greniers fortifiés et leurs zaouïas. Chaque année en mars, le festival du Sbouâ rassemble les confréries soufies pour une semaine de chants et de processions autour du mausolée de Sidi El Hadj Belkacem.

Au sud-ouest de Timimoun, le Grand Erg Occidental déroule ses dunes sur 80 000 km². Les cordons sableux atteignent 200 mètres de haut près de Taghit, autre oasis fortifiée installée au pied d'une falaise gravée de pétroglyphes datés de 6000 ans. La région d'El Oued, à l'est du Mzab, présente une singularité : ses palmeraies sont plantées en cuvettes creusées dans le sable, les ghouts, pour atteindre la nappe phréatique sans irrigation de surface.

Économiquement, la région vit du commerce traditionnel mozabite, dont les réseaux s'étendent dans tout le pays, de l'agriculture oasienne et, depuis les années 1960, des activités gazières et pétrolières concentrées plus au sud autour de Hassi Messaoud. Le tourisme reste modeste et encadré, ce qui préserve l'authenticité des cités et limite la pression sur les sites.

À découvrir

Beni Isguen, la cité sainte ibadite. Visite accompagnée obligatoire dans les ruelles blanches où les portes sculptées s'ouvrent sur des cours intérieures. Le marché aux enchères de fin d'après-midi se tient depuis le XIVe siècle selon le même rituel.

La palmeraie et le système des foggaras. Descente dans une foggara du Gourara avec un guide local pour comprendre comment l'eau circule depuis la nappe sur 10 à 15 km de galeries souterraines, technique inscrite à l'inventaire du patrimoine immatériel.

Bivouac dans le Grand Erg Occidental. Deux nuits sous tente berbère au pied des dunes de Taghit ou de Tinerkouk, après une approche en 4x4 depuis Timimoun. Températures nocturnes autour de 8 à 12°C en hiver, ciel sans pollution lumineuse.

Timimoun et sa sebkha. Coucher de soleil depuis la corniche de la ville rouge, quand le lac salé asséché vire au rose et que les ksour environnants s'éclairent. Architecture soudanaise en banco caractéristique du Gourara.

Le festival du Sbouâ à Timimoun. Sept jours de processions soufies en mars autour du mausolée de Sidi El Hadj Belkacem, rassemblant les confréries des 99 oasis du Gourara. Chants, étendards, danses du baroud.

Quand y aller

La saison favorable s'étend d'octobre à avril, avec des journées de 20 à 28°C et des nuits qui descendent entre 5 et 12°C en décembre et janvier. Prévoir des vêtements chauds pour les soirées et les bivouacs : l'amplitude thermique dépasse souvent 20°C en plein hiver. Novembre, février et mars offrent le meilleur compromis entre confort diurne et nocturne. Les pluies sont rares, quelques épisodes brefs en automne, mais ils peuvent rendre certaines pistes impraticables pendant 24 à 48 heures.

De mai à septembre, les températures dépassent régulièrement 40°C à Ghardaïa et atteignent 45 à 48°C à Timimoun en juillet et août. Nous déconseillons les circuits saharien sur cette période, sauf pour les voyageurs habitués au climat désertique. Le mois de Ramadan, dont les dates varient chaque année, modifie les horaires d'ouverture des marchés et restaurants : nous adaptons les programmes en conséquence.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 5 jours sur place : 2 jours dans la vallée du Mzab pour visiter au moins trois des cinq cités, 1 journée de transfert ou de vol vers Timimoun, 2 jours dans le Gourara avec une nuit sous tente dans l'erg. Un circuit de 7 à 8 jours permet d'ajouter Taghit et ses pétroglyphes, ou El Oued et ses palmeraies en ghouts. L'aéroport de Ghardaïa (Noumérat) est desservi depuis Alger en 1h30 de vol, plusieurs fois par semaine. Timimoun dispose également d'un aéroport, ce qui permet de boucler le circuit sans revenir par la route.

La région se combine bien avec Alger et le littoral en début ou fin de séjour, pour le contraste ville-désert. Les voyageurs disposant de 15 jours et plus peuvent enchaîner avec le Hoggar et le Tassili n'Ajjer, plus au sud, accessibles par vol intérieur depuis Ghardaïa via Tamanrasset ou Djanet. Le confort sur place est correct sans être luxueux : hôtels 3 étoiles à Ghardaïa et Timimoun, maisons d'hôtes traditionnelles dans certains ksour, bivouacs équipés dans l'erg. La région convient aux voyageurs intéressés par l'architecture, l'anthropologie et les paysages désertiques, en couple, entre amis ou en famille avec enfants à partir de 8 ans. Elle se prête moins aux randonneurs cherchant des dénivelés, qui trouveront davantage leur compte dans le Hoggar.

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