Kabylie et Hauts Plateaux
Du Djurdjura enneigé aux cités romaines de Djemila et Timgad, une traversée de 400 kilomètres entre villages berbères perchés et Hauts Plateaux steppiques.
La Kabylie commence à une heure de route à l'est d'Alger, dès que la plaine de la Mitidja cède la place aux premiers contreforts. Le massif du Djurdjura, qui culmine à Lalla Khedidja (2 308 mètres), structure toute la région : ses crêtes calcaires retiennent la neige de décembre à avril et alimentent les sources qui descendent vers les vallées de la Soummam et du Sébaou. C'est un pays de villages perchés, construits en hauteur pour des raisons défensives et climatiques. Aït Yenni, Aït Hichem, Beni Yenni : ces noms composés rappellent l'organisation en confédérations tribales qui a longtemps structuré la société kabyle.
Ici, on parle le kabyle, une variante du tamazight, et le français reste très présent. Notre équipe travaille avec des familles qui maintiennent les savoir-faire locaux : la bijouterie en argent niellé et corail à Aït Yenni, la poterie modelée sans tour à Maâtkas, le tissage à Aït Hichem. L'oléiculture rythme l'automne, avec la cueillette de novembre à janvier et les pressoirs qui tournent dans chaque village. Le couscous au beurre fondu, la galette d'orge cuite sur tajine en terre, le berkoukes : la cuisine kabyle est dense, paysanne, taillée pour les hivers froids.
Au sud du Djurdjura, le relief s'apaise. Les Hauts Plateaux s'étendent sur près de 600 kilomètres d'ouest en est, à une altitude moyenne de 900 mètres. Le paysage devient steppique, sec, ponctué de chotts et de cultures céréalières. C'est une Algérie souvent ignorée des voyageurs, qui pourtant concentre l'héritage romain le mieux conservé du Maghreb. Djemila, ancienne Cuicul, occupe un éperon à 900 mètres : son forum, son théâtre adossé à la pente et ses mosaïques de la maison de Bacchus sont restés en place. Timgad, fondée par Trajan en 100 après J.-C. comme colonie de vétérans, déploie un plan en damier presque intact sur près de 50 hectares, avec son arc dit de Trajan, sa bibliothèque et son théâtre de 3 500 places. Tipaza est sur la côte, mais Djemila et Timgad valent à elles seules le détour sur les Hauts Plateaux.
Sétif, à 1 100 mètres, sert de base logistique pratique pour rayonner vers Djemila. La ville garde la trace de son passé romain (le musée abrite la mosaïque du Triomphe de Dionysos) et reste marquée par les manifestations du 8 mai 1945. Plus à l'est, Constantine s'accroche à un piton rocheux entaillé par les gorges du Rhumel, profondes de 200 mètres. Quatre ponts relient la vieille ville aux quartiers modernes, dont le pont suspendu Sidi M'Cid construit en 1912 et long de 168 mètres. La médina, le palais du Bey Ahmed, et la musique malouf font de Constantine la capitale culturelle de l'Est algérien.
Entre les deux ensembles, la route nationale qui traverse la Kabylie maritime offre une autre lecture : Béjaïa et son cap Carbon, le parc national de Gouraya, les falaises qui plongent dans la Méditerranée. Tizi Ouzou, capitale administrative de la Kabylie, sert de pivot urbain. Cette diversité d'altitudes et d'identités, sur un rayon de 400 kilomètres, fait la richesse du parcours.
À découvrir
Le massif du Djurdjura et Aït Yenni. Randonnées sur les crêtes calcaires entre 1 800 et 2 300 mètres, visite des ateliers de bijoutiers d'Aït Yenni où l'argent est ciselé selon des motifs berbères inchangés depuis le 19e siècle.
Timgad, ville romaine de Trajan. 50 hectares de plan en damier conservés à 1 000 mètres d'altitude, avec arc de triomphe, théâtre et thermes. Comptez une demi-journée pleine pour traverser le site à pied.
Djemila et ses mosaïques. Site inscrit à l'UNESCO, posé sur un éperon entre deux oueds. Le musée attenant conserve in situ les pavements de Bacchus et d'Astérios, parmi les mieux préservés d'Afrique du Nord.
Constantine, ville des ponts. Traversée à pied des quatre ponts qui enjambent les gorges du Rhumel, puis flânerie dans la médina jusqu'au palais du Bey Ahmed, décoré de fresques et de faïences ottomanes.
Cueillette des olives en Kabylie. De fin octobre à début janvier, possibilité de passer une journée dans une famille de Tizi Rached ou d'Aït Yahia : récolte, transport à l'huilerie du village, dégustation à la galette tiède.
Quand y aller
La meilleure période pour combiner Kabylie et Hauts Plateaux s'étend d'avril à juin, puis de septembre à mi-novembre. Au printemps, les amandiers et cerisiers fleurissent en Kabylie dès mars, les températures oscillent entre 12 et 22 degrés en journée, et les sites romains se visitent sans la chaleur estivale. L'automne offre des conditions similaires avec des lumières plus rasantes, idéales pour la photographie à Djemila et Timgad.
L'été, de juillet à août, est franchement chaud sur les Hauts Plateaux : 35 à 38 degrés sont courants à Sétif et Constantine, et les sites archéologiques exposés en plein soleil deviennent éprouvants après 11 heures. La Kabylie reste plus respirable en altitude. L'hiver, de décembre à mars, le Djurdjura est enneigé (la station de Tikjda ferme parfois les routes après les chutes), et il pleut régulièrement, avec des minimales proches de zéro la nuit. C'est une saison possible pour les Hauts Plateaux, à condition d'accepter le froid sec et le vent.
Conseils pratiques
Nous recommandons 6 à 8 jours pour parcourir cette boucle sans précipitation : 2 jours en Kabylie autour de Tizi Ouzou et du Djurdjura, 1 journée à Sétif et Djemila, 1 journée à Timgad, 2 jours à Constantine, plus les temps de route. Les distances sont longues : 300 kilomètres entre Tizi Ouzou et Sétif, 240 kilomètres entre Sétif et Constantine, sur des autoroutes correctes mais ponctuées de tronçons de montagne. Le point d'entrée le plus logique reste l'aéroport d'Alger pour démarrer par la Kabylie, ou celui de Constantine pour boucler en sens inverse.
La région se combine naturellement avec Alger et le littoral en amont (2 à 3 jours supplémentaires), ou avec les Aurès et le Nord-Est en aval, ce qui prolonge vers Batna, les ruines de Timgad élargies, et la descente possible vers Biskra et le Sahara septentrional. Le confort hôtelier est correct dans les villes (Sétif, Constantine, Béjaïa) mais plus rustique dans les villages kabyles, où nous privilégions les maisons d'hôtes familiales. Ce parcours s'adresse aux voyageurs curieux d'histoire et de cultures vivantes, contemplatifs, marcheurs occasionnels. Les familles avec enfants à partir de 10 ans s'y retrouvent bien, surtout au printemps.


