Ahnet et Immidir

Ces tassilis forment le quart nord et nord-ouest de la ceinture de grès autour du Hoggar. Ils constituent entre Tamanrasset et In Salah une puissante barrière de grès entaillée de canyons et de gorges dont les plus célèbres sont celles d’Arak. L’Immidir est une citadelle massive que l’on traverse difficilement, alors que l’Ahnet est composé d’une multitude de petits plateaux plus ou moins compacts, plus ou moins ensablés. Contrairement à son voisin l’Immidir, l’Ahnet n’a pas d’oasis, de culture ou de guelta importante ; il est plus minéral, plus sec. Son relief peu marqué et plus aéré permet un accès assez facile à toutes ses richesses. Sur la façade ouest de l’Immidir, le petit tassili de Ti-m-Meskis a les pieds dans les sables de l’erg Mehedjibat dont la beauté n’a peut-être pas d’égale au Sahara.

Les paysages, les peintures rupestres et l’ambiance de ces massifs valent largement d’autres tassili plus connus, plus parcourus. Loin des foules, le plaisir de la découverte, le silence sont au rendez-vous.

Géomorphologie

« En somme, un pays Immidir et Ahnet d’architecture tabulaire où le contrecoup de la surrection de l’Atlas s’est fait sentir énergiquement ; les failles, les diaclases, les plis posthumes tertiaires, ont suivi les directions qui leur étaient imposées par celles des plis et des failles primaires…

A la traversée des plateaux, les oueds sont extrêmement pittoresques, ils se sont taillés des canyons étroits, aux murailles perpendiculaires de grès nus, parfois très élevées. Ces gorges sauvages ne sont pas seulement superbe matière à photographies, elles ont pour les Touareg quelque intérêt alimentaire ; la preuve en est que, en certains points privilégiés, on y observe des groupements de gravures rupestres, trace la plus durable d’anciennes fréquentations…

Symétrie entre ce qu’on pourrait appeler les deux organismes jumeaux ; le Mouidir et l’Ahnet représentent chacun une cuvette d’effondrement distincte semi-circulaire ; ou si on veut une cuvette synclinale fermée au sud. Dans les deux pays toutes les pentes des hammadas convergent, en section d’entonnoir, vers un centre qui est marqué par la présence des dépôts quaternaires et des dunes.

Les ergs Enfous et Tessegafi correspondent exactement aux ergs Tegant et Iris… entre les deux régions la seule différence est de niveau, mais elle est considérable. » (E. F. Gauthier, “Sahara”, 1908).

L’Ahnet et les Européens

Le premier européen à effleurer l’Ahnet fut le Major Laing, en route pour Tombouctou, longea l’Ahnet en 1826 par la piste séculaire du Tidikelt au Mali. 77 ans plus tard, en 1903, le second européen, le Commandant Laperrine, emmenait une reconnaissance militaire faisant une large boucle dans le massif.

Ces reconnaissances dès lors se sont multipliées ; Th. Monod y séjourna près d’un an en 1929 rapportant plusieurs monographies thématiques, qui sont aujourd’hui encore des références. H&M a parcouru ce massif à plusieurs reprises après un premier voyage en 1987.

Touareg de l’Ahnet

L’Ahnet est sous suzeraineté exclusive d’une tribu noble Touareg, les Taïtoq ; il est habité par eux et par imrads dont les principaux sont des Kel Ahnet (gens de l’Ahnet)… Les Taïtoq sont une des trois familles ou tribus nobles qui se partagent l’autorité dans la confédération du Hoggar, ils se rattachent comme les deux autres, à l’aïeule commune Tin Hinan, enterrée à Abalessa dans un beau tombeau mégalithique. Les Kel Ahnet se réclament aussi d’une aïeule commune aux Dag R’ali, la plus importante des tribus imrads du Hoggar ; cette aïeule commune est Takamat qui est enterrée elle aussi à Abalessa, auprès de Tin Hinan, dans un redjem turriforme. Tout ces gens là ont donc pour patrie Abalessa, où ils ont leurs tombeaux de famille. Les Taïtoq se sont brouillés avec l’autre grande tribu noble, les Kel R’ela ; c’est la vieille rivalité, souvent sanglante, entre Kel R’ela et Taïtoq qui donne à l’Ahnet une vie à part, une individualité politique… On parle couramment arabe dans l’Ahnet, ce qui est bien loin d’être le cas au Hoggar. Il y a là pour les gens de l’Ahnet un principe d’individualisation.

La soumission des Taïtoq à l’autorité française a précédé celle des autres Touareg, sans doute parce que, d’esprit plus ouvert, ils comprirent plus vite la situation nouvelle. Les Taïtoq et leur imrads restent néanmoins mêlés intimement à la vie commune de la confédération Hoggar dont ils font partie. Il leur serait d’ailleurs géographiquement impossible de s’en abstraire. Les pâturages de l’Ahnet, comme tous ceux du Sahara, sont trop incertains pour qu’on puisse compter exclusivement sur eux. Taïtoq et Kel Ahnet sont propriétaires ou usufruitiers de districts étendus dans l’Adrar des Iforas (Mali), où ils voisinent avec les Kel R’ela. (E. F. Gauthier, “Sahara”, 1908).

La flore

Les mots écrits en italique sont en tamacheq. Nous précisons lorsqu'il s'agit de mots arabes (ar.).

Le Sahara Central possède une flore loin d'être négligeable. Il suffit de regarder autour de soi durant les voyages pour en être convaincu. Arbres et arbustes, souvent épineux, peuvent résister à la sécheresse durant plusieurs années. Des plantes éphémères nombreuses poussent pratiquement partout dans le fond des oueds, sur les plateaux où demeure un peu de terre, entre les dunes des ergs et sur leurs pentes dès que des pluies de quelque importance et mieux, répétitives, s'abattent sur le pays. Ces plantes sont le pâturage le plus important chez les sahariens qui l'appellent akasa ou acheb (ar.). Les arbres rencontrés le plus souvent sont des acacias de différentes espèces : l'Acacia raddiana ou abser et talha (ar.), l'Acacia erhenbergiana ou tamat et l' Acacia albida ou ahates. Dans les oueds de montagne, on rencontre aussi deux tamaris (tabarakat et azawa), un épineux, la taboraq ou en arabe atil (Maerua crassifolia), la telokat qui est un ficus, la tabakat, qui est un jujubier (Ziziphus lotus).

Partout pousse le Pommier de Sodome (Calotropis procera) ou torha. Des plantes et des buissons sont particulièrement adaptés au manque d'humidité. Ils assurent la survie des animaux domestiques et sauvages durant les longues périodes de sécheresse. On peut citer, aimant particulièrement le sable, l'arassou (Caligonum comosum), la touloult (Aristida pungens, drinn ou sbot suivant les régions en arabe), la célèbre tahara ou had (ar.) des nomades arabes (Cornulaca monocantha), l'aginast (Moltkia ciliata) aux petites fleurs bleues.

Sur les plateaux, dans les oueds et en montagne, poussent : la tassa (Anabasis articulata) qui brûle même humide, l'aramas (Atriplex halimus) et l'issin (Salsola foetida) qui apportent du sel aux animaux, tout comme d'ailleurs le tamaris, l'afazou (Panicum turgidum. Mrokba, ar.) aux cruelles épines, l'ana ou anag (Leptadenia pyrotechnica).

Les plantes éphémères qui apparaissent avec les pluies sont, pour les plus habituelles : la tanetfert (Pulicaria crispa) laquelle donne un goût amer à la viande et au lait des animaux qui la broutent, la tahana (Heliotropium ondulatum), l'alouat (Schouwia purpurea), la taïnast (Echium humile), l'alka (Trichodesma agricanum) à l'aspect de bourrache, l'egzei-fuk (Lupinus tassilicus) aux magnifiques fleurs bleues, etc…

La faune

Les mots écrits en italique sont en tamacheq. Nous précisons lorsqu'il s'agit de mots arabes (ar.).

Très chassés, les grands animaux tendent à disparaître. C'est le cas de la gazelle et du mouflon, ce dernier résistant mieux car il peut se cacher dans la montagne. Les carnassiers sont toujours présents : chacal (ebegi),renard famélique, fennec, chat sauvage (Felix sylvestris).

Quant aux rongeurs, ils restent nombreux. On peut noter les gerboises et les gerbilles, les mériones, les goundis, diverses espèces de rats et de souris. La famille des procanidés est représentée par de petites colonies de damans de rocher qui, comme leur nom l'indique, vivent dans les rochers, non loin des oueds où ils peuvent trouver leur nourriture, en particulier, les feuilles de l'acacia.

La famille des lagomorphes est, elle, représentée par le lièvre du Cap.

Les lézards sont nombreux. On peut noter plusieurs variétés d'agames appelés el rechaba, des geckos, ou amatartar et tamekwart, le fouette-queue ou Uromastix qui est l'agezeram des Touareg ou le dob des Arabes, le varan du désert, arata, qui est le plus grand des lézards du Sahara. Les lézards les plus fréquents sont de plus petite taille et appartiennent pour la plupart à la famille des Acanthodactyles.

Les serpents sont surtout représentés par deux espèces dangereuses :

  • La vipère des sables (Cerastes vipera) qui, comme son nom l'indique, vit dans les régions sablonneuses, en particulier dans les ergs.
  • La vipère à cornes (Cerastes cerastes) qui préfère les oueds caillouteux.

Ces deux espèces chassent la nuit et entrent en hibernation durant la période froide. Les couleuvres se rencontrent assez souvent. L'espèce la plus fréquente est le Serpent des Sables (Psammophis shokari). En tamacheq, la vipère se nomme tachelt (ar. lefaâ), et la couleuvre achel.

Les scorpions apparaissent eux aussi avec les chaleurs.

Les oiseaux qui se remarquent fréquemment sont les corbeaux toujours à l'affût des restes de nourriture laissés aux bivouacs, le traquet à tête blanche, ce fameuxmoula-moula des Touareg. Il y a aussi la buse féroce, lefaucon (tamida), le hibou ( bouhan). La nuit, on peut entendre la chouette (tawik).

Gravures et peintures rupestres

Nous vous recommandons de découvrir sur Internet l’excellent dossier réalisé par Denis Lionnet, sur le site de FuturaSciences : http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier232-1.php. Denis Lionnet est par ailleurs le concepteur du site www.ennedi.free.fr, la référence en français sur le sujet.

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